Bordeaux n’est pas mort : il redevient investissable
27 janv. 2026

Un marché qui corrige n’est pas un marché qui disparaît.
C’est souvent un marché qui se nettoie.
Depuis deux ans, le marché des grands vins de Bordeaux traverse une phase de correction visible.
Pour certains observateurs, cette baisse signe la fin d’un cycle.
Pour d’autres, elle marque au contraire le retour à des conditions d’investissement plus saines.
Les chiffres confirment que Bordeaux n’est pas en train de s’éteindre.
Il est en train de redevenir lisible.
1. Une correction assumée, pas un effondrement
1.1 Un recul mesurable sur les indices
Sur les deux dernières années, Bordeaux a connu une correction nette :
baisse des indices régionaux,
campagnes primeurs en difficulté,
retrait d’une partie des acheteurs opportunistes.
L’indice Liv-ex Fine Wine 100 affiche une baisse d’environ –11,3 % sur la période.
Ce chiffre est significatif, mais il ne traduit pas une perte de substance du marché.
Il traduit une désinflation après une phase d’euphorie.
1.2 La fin d’un excès, pas la fin d’un marché
Les cycles de correction sont inhérents aux marchés de collection.
Ils permettent :
d’éliminer les comportements spéculatifs de court terme,
de réaligner les prix avec la demande réelle,
de redonner de la visibilité aux acheteurs rationnels.
Bordeaux est précisément dans cette phase.
2. Ce que la correction a réellement changé
2.1 Le départ des acheteurs opportunistes
La hausse rapide des années précédentes avait attiré :
des profils peu familiers du marché du vin,
des stratégies purement opportunistes,
des arbitrages rapides déconnectés des fondamentaux.
La correction a opéré un tri naturel.
Aujourd’hui :
les spéculateurs sortent,
les prix se stabilisent,
la demande restante est plus qualifiée.
2.2 Un marché plus rationnel et plus international
La demande actuelle est :
plus sélective,
plus internationale,
davantage orientée long terme.
Ce type de demande est moins spectaculaire, mais infiniment plus solide.
3. Bordeaux reste un pilier de la liquidité mondiale
3.1 Une domination intacte sur le marché secondaire
Malgré la correction, Bordeaux conserve une position centrale.
En 2025, la région représente 42,9 % de la valeur totale des transactions sur le marché secondaire du vin.
Aucune autre région ne combine à ce niveau :
volumes échangés,
profondeur de marché,
reconnaissance internationale,
standardisation des références.
3.2 La force des références historiques
Les échanges restent fortement concentrés sur les grands noms.
À titre d’exemple, Château Lafite Rothschild représente à lui seul 4,72 % de la valeur totale des transactions sur le marché secondaire la même année.
Ce chiffre illustre un point clé :
la liquidité ne disparaît pas, elle se recentre.
4. Pourquoi un marché discipliné redevient investissable
4.1 L’euphorie est l’ennemie de l’investissement
Un marché euphorique est séduisant, mais rarement investissable :
les prix deviennent illisibles,
le risque de retournement augmente,
la marge d’erreur se réduit.
À l’inverse, un marché discipliné :
réintroduit de la hiérarchie,
permet des points d’entrée rationnels,
favorise les stratégies de long terme.
Bordeaux sort précisément de l’euphorie.
4.2 Le retour de la lisibilité des prix
La correction permet :
une meilleure lecture des niveaux de valeur,
une distinction plus claire entre références structurelles et secondaires,
une reconstitution progressive de la confiance.
C’est dans ce contexte que les investisseurs patients redeviennent actifs.
5. Performance long terme : remettre les chiffres en perspective
5.1 Le vin, un actif de temps long
Sur les vingt dernières années, le vin affiche une performance cumulée supérieure à +400 %.
Cette performance ne s’est jamais construite de manière linéaire.
Elle est le résultat de cycles successifs :
phases d’accélération,
phases de consolidation,
phases de correction.
La création de valeur commence rarement au sommet.
5.2 Un signal de stabilisation récent
Avec un rebond d’environ +3 % sur le dernier trimestre, Bordeaux montre des signes de stabilisation.
Ce type de mouvement ne constitue pas un retournement spectaculaire.
Mais il correspond souvent aux premières phases d’un cycle plus sain.
6. Ce que cela implique pour l’investisseur
6.1 Revenir à une logique de sélection
Le contexte actuel impose :
une sélection plus rigoureuse des références,
une attention accrue à la liquidité réelle,
une lecture fine des fondamentaux historiques.
L’investissement dans le vin ne consiste plus à “acheter Bordeaux”.
Il consiste à choisir les bons Bordeaux.
6.2 Un marché moins bruyant, mais plus exploitable
La baisse de l’agitation médiatique est un avantage :
moins de bruit,
moins de mimétisme,
plus de rationalité.
Pour un investisseur discipliné, ce type de marché est plus exploitable qu’un marché euphorique.
7. Conclusion : Bordeaux n’est pas mort, il se réorganise
La correction récente n’est pas un signe de déclin.
C’est un rééquilibrage.
Bordeaux reste :
l’un des marchés les plus liquides du vin,
une référence internationale,
un socle historique du marché secondaire.
Un marché euphorique n’est pas investissable.
Un marché discipliné, oui.
Bordeaux est en train de redevenir exactement cela :
un marché lisible, structuré, et à nouveau investissable pour ceux qui raisonnent sur le temps long.